Le cerveau a-t-il un sexe ?

23 août 2017

Catherine Vidal est spécialiste du cerveau. Neurobiologiste, elle a longtemps été directrice de recherche à l’Institut Pasteur et siège aujourd’hui au comité d’éthique de l’INSERM.

 

 

Extrait de l’interview de la Neurobiologiste Catherine Vidal dans l’émission de France Inter : Les Savantes

« Il était important pour moi de défendre une certaine éthique dans la façon de faire des neurosciences […] Je me suis rendue compte que la question des différences entre les femmes et les hommes, qui seraient soient disant dues à un déterminisme biologique, ancestral, qui expliqueraient que « de tous temps il y a eu des différences entre les femmes et les hommes et que maintenant, c’est normal qu’il continue à y avoir des différences puisque c’est la biologie qui est à l’origine de tout ça », c’est cette théorie du déterminisme biologique qui laisserait croire que l’ordre social est le reflet d’un ordre biologique et donc si on dit que c’est naturel, ça veut dire que c’est normal et qu’on ne peut pas le changer. On ne va pas changer la nature ! Et ça c’est évidemment une grande question philosophique… »

Le cerveau a-t-il un sexe ?

« Oui et non.

Oui car il existe dans le cerveau des zones qui sont impliquées dans le contrôle de la reproduction sexuée. Par exemple dans le cerveau des femmes, il y a des neurones qui vont s’activer chaque mois pour déclencher l’ovulation.

Mais en ce qui concerne les fonctions cognitives, la réponse est non parce que les filles et les garçons ont les mêmes capacités, les mêmes aptitudes pour l’intelligence, l’attention, la mémoire, le raisonnement. Cette notion-là est très importante parce qu’elle va à l’encontre des idées qu’on avait il y a encore 50 ans. On pensait qu’il y avait un déterminisme biologique dans les aptitudes intellectuelles des filles et des garçons. Et depuis cette nouvelle révolution qui a démontré à quel point la plasticité cérébrale est à l’œuvre pendant la petite enfance (énormément) pour développer le cerveau en fonction de toutes les influences de l’environnement qui vont nous aider à façonner nos cerveaux… mais que cette plasticité continue à l’âge adulte. Si on prend l’exemple typique d’un petit enfant qui arrive dans une société (un environnement) où il existe des normes sociales du masculin et du féminin qui vont contribuer à forger certains goûts, certains traits de personnalité, certaines aptitudes en fonction des normes sociales… il y a un substrat cérébral qui va orienter certains types de connexions dans certaines zones du cerveau, mais, à nouveau, toutes ces connexions sont changeantes. Ce n’est pas parce que tout petit on a été à fond dans les stéréotypes (habillées tout en rose ou pour les garçons, faisant du football) que ça ne peut pas changer ensuite, car notre cerveau change tout le temps et c’est totalement logique qu’au départ on soit façonné par les normes sociales puis qu’ensuite on s’en détache, par un effort intellectuel pour certains, qu’ on se dise : « essayons de dépasser cette vision très conservatrice qui voudrait que les hommes et les femmes dans la société sont nés au départ pour ne pas assumer les mêmes rôles ».

L’intégralité de l’interview  (15 juillet 2017)

 

Pour continuer la réflexion sur le sujet, j’en avais parlé de cette notion de différences dans l’article : Être une femme, ça change quoi ?

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